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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 16:23

Fondation-Jean-Jaures.gifA quoi jouent Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ? Les marchés se sont (temporairement) calmés, mais on peut douter que l’accord annoncé dans la nuit ne suffise à sortir la zone euro de la crise. Pire, on s’apercevra peut-être elle l’a peut-être aggravé :

1. La première erreur, la plus commentée, est de conforter l’idée que le destin de l’Europe est dans les mains de la Chine. C’est une erreur politique grave. On ne sait pas encore selon quelles modalités, ni à quel niveau, la Chine apportera des capitaux à un possible « Fonds monétaire » distinct du Fonds européens de stabilisation (FESF). Le montage n’est d’ailleurs pas certain : on parle de passer par le FMI, mais les Etats-Unis bloqueraient. A ce stade, personne ne sait même si cela changera fondamentalement les choses : la dette européenne est déjà très internationalisée, et la Chine en possède déjà dans les 500 milliards.

Mais quelque soit la réalité de cet investissement chinois en Europe, le message politique est ravageur. Dans l’opinion française, cela active, d’un coup, la reviviscence du « péril jaune » (en germe depuis quelques années, non sans raison…), dont profiteront évidemment les mouvements populistes. Du côté des officiels chinois, qui ne demandaient certainement pas d’être ainsi publiquement désignés en sauveur de l’Europe, on imagine qu’ils ne laisseront pas passer l’occasion de jouer avec le nationalisme et le sentiment de supériorité, face à une opinion toujours très sensible aux signes d’une Chine conquérante face à un occident en déclin…

2. La seconde erreur, la plus attendue, est d’avoir laissé en suspens des points fondamentaux d’un règlement durable. Les négociations n’ont pas tranché les questions essentielles des contreparties demandées par l’Allemagne en terme de contrôle et de surveillance des budgets nationaux (elle souhaite confier un pouvoir de véto à la CJCE !) ni surtout des mesures qualifiées de « non-conventionnelles » mises en œuvre par la BCE que l’Allemagne veut voir disparaître - notamment la politique de rachat d’obligations. Ce n’est donc pas la fin de l’histoire, mais on pouvait s’y attendre.

3. La troisième erreur, la plus profonde, est d’avoir depuis le début laissé la négociation s’engager sur ces bases. Merkel, sous la pression de son Parlement, a imposé la rigueur en contrepartie de la solidarité. En échange de la création puis de l’élargissement du FESF, elle a exigé de l’austérité et rejeté toute autre considération. On aurait dû voir, dès le départ, l’impasse : la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie, ne guériront pas par la seule imposition de la rigueur. Tant que la politique monétaire restera guidée par une obsession monétariste à peine adoucie, tant que les déséquilibres commerciaux persisteront à ce point dans une économie intégrée, tant que l’Allemagne restera persuadée que sa priorité est la compétition avec la Chine avant le rééquilibrage de la consommation et de la compétitivité au sein la zone euro, il n’y aura pas d’horizon pour ces pays. La rigueur succèdera à la rigueur, jusqu’à l’explosion politique ou sociale.

Le coup est parti dans la mauvaise direction. Il aurait pu en être autrement. Ce n’est pas rigueur contre solidarité qu’il fallait négocier – l’Allemagne aurait fini par venir à la solidarité, c’était dans son intérêt - c’est rigueur contre croissance, la rigueur contre une officialisation d’un tournant de la politique monétaire, la rigueur contre un rééquilibrage de la zone euro. Mais Nicolas Sarkozy et ses équipes, préférant mettre leurs forces dans un combat contre l’inéluctable - le refus d’un défaut grec, puis des tentatives de le limiter, avant de finir par céder - n’a pas su, ou pas voulu, élargir dès le départ les termes du débat.

4. Peut-on encore sortir de cette impasse ? Ce n’est pas gagné. Une fois la négociation engagée, il est difficile de la réorienter sur d’autres termes. D’autant plus que les rapports de force sont déséquilibrés : l’Allemagne agit comme un rouleau compresseur, son système politique met la Chancelière dans la main d’un Bundestag enfermé dans ses certitudes et qui ne voit pas que celles-ci sont mortifères pour l’Europe. En face, la France est de plus en plus fragilisée, y compris par les agences de notation, et a bien de la peine à donner de la voix.

Il reste encore, peut-être, une porte de sortie : les changements de traités demandés par l’Allemagne visant à accroître le contrôle et la surveillance budgétaire. Faisons-en monter le prix, s’il n’est pas déjà trop tard. Ne convoquons pas une conférence intergouvernementale avec un mandat de seule rigueur. A rouvrir pour rouvrir les traités, reposons nos exigences et demandons un élargissement du mandat de la BCE à la croissance - ancienne revendication ! -, une inscription dans les traités du principe de réciprocité des accords commerciaux, l’élargissement de la surveillance des déséquilibres aux excédents.

L’austérité pour l’austérité est en train de tuer l’Europe. Cela mériterait une franche explication. Le candidat de la gauche aurait sur ce point une parole forte à porter.

Fondation Jean Jaurès

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Published by PS Clohars Carnoet - dans Actualités
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